4 nov 2017

Cinq et le Souffle

Michel Maxime Egger, le 04.11.2017

L’actualité ne cesse de nous rappeler la nécessité et l’urgence du dialogue interreligieux. Pour que la rencontre soit féconde, elle suppose notamment de l’humilité, de la lucidité, d’écoute, de l’authenticité, du courage et de la liberté. Quelques pistes intérieures à la veille de la semaine des religions dans le canton de Vaud (Suisse).

Toute rencontre dont je serai revenu inchangé n’aura pas eu lieu. Rencontrer l’autre, c’est accepter d’être interpellé, dérangé, secoué. Jusqu’au plus profond de mon être. Jusque dans mes convictions les plus intimes. J’ai « écouté » avec un grand bonheur les voix de mes frères et sœurs chrétiens d’Asie[1]. Elles posent les bases essentielles d’un dialogue authentique avec l’autre, incontournable si l’humanité entend relever les défis immenses qui se posent à elle, à l’heure de la globalisation capitaliste, des interdépendances et inégalités croissantes, du pluralisme interculturel, de la crise de sens et de valeurs généralisée. Sans un tel dialogue, qui engage l’être tout entier dans sa vérité nue, les Eglises et les religions seront de plus en plus déconnectées du réel, menacées de ghettoïsation et de sectarisme, en proie à la décrépitude derrière leurs murailles doctrinales et rituelles.

J’ai décidé de ne pas faire une analyse de ces textes. Parce que, nés de la vie et de l’engagement, ils invitent non pas à un discours supplémentaire – une nouvelle « troisième patte de poulet » (Vincent Oshida) – mais à la vie, à la méditation et à l’action. Je les ai donc simplement laissés travailler en moi. Cinq couples de mots en sont ressortis. Comme autant de résonances entre ce recueil et ma propre tradition spirituelle, le christianisme orthodoxe. Comme autant d’attitudes fondamentales pour une vraie rencontre, un dialogue fécond. Cinq, n’est-ce pas, dans la kabbale juive, la valeur de la lettre Hé au cœur du Nom divin imprononçable – Yod-Hé-Vav-Hé (YHWH). Cette lettre symbolise le souffle qui pousse l’être humain à descendre dans ses ténèbres intérieures, à les intégrer et travailler pour en faire jaillir la lumière qu’elles retiennent captives. Lumière nécessaire pour accomplir l’image de la Trinité en nous, modèle d’unité dans la diversité.

Humilité et lucidité

Plusieurs auteurs soulignent à juste titre l’importance-clé de l’humilité. Elle est, pour les Pères de l’Eglise, le chemin le plus court vers Dieu. Elle constitue en cela le fondement non seulement de la vie spirituelle, mais aussi du dialogue interreligieux. La lucidité peut y conduire, en particulier sur soi-même et sa propre tradition. Elle appelle à ne pas se glorifier de son Eglise ou de son appartenance religieuse, à prendre conscience de ses zones d’ombre et des siennes propres.

Peut-être est-ce l’une des premières leçons que je tire de ce livre : l’importance de la lucidité sur soi-même et de la capacité d’autocritique comme conditions pour rencontrer l’autre en vérité. Plusieurs auteurs ne ménagent pas leur Eglise. Les individus ne sont pas les seuls à avoir un « ego caché » (Vincent Oshida), les institutions religieuses en ont aussi un. Le Christ, par sa kénose (du grec kénosis, le vide), nous montre le chemin pour lui tordre le cou. La kénose consiste, pour le fidèle et la communauté, à se « vider » du petit moi-ego et de ses passions idolâtres de la même manière que Jésus s’est « vidé » de sa divinité pour assumer en sa personne la condition humaine tout entière, sans distinction de race, de genre, de culture et de religion.

Mystère et théologie négative

« La vérité, qui est concrète, peut être mystérieuse », écrit Kosuke Koyama. Oui, Jésus-Christ – vrai Dieu et vrai homme – est un mystère. Oui, Dieu est le mystère des mystères. Totalement paradoxal. Immanent en toutes choses, connaissable par ses noms et participable par ses énergies. Mais en même temps radicalement transcendant, inconnaissable, invisible et indicible. « O toi l’au-delà de tout, comment t’appeler d’un autre nom ? Quel hymne peut te chanter ? Aucun mot ne t’exprime. Quel esprit peut te saisir ? Nulle intelligence ne te conçoit. Seul, tu es ineffable », proclame Grégoire de Nazianze (ive s.).

A un certain niveau de profondeur (ou de hauteur), le seul moyen de parler de Dieu est le silence, « le langage du huitième jour » disait Isaac le Syrien (ive s.). Ce silence – cher au Bouddha, ainsi que le relève Aloysius Pieris – est au cœur de la théologie dite négative ou apophatique. Elle reconnaît que la Réalité suprême ou absolue nous échappe, excède toujours ce que nous pouvons en dire ou en comprendre. Dieu n’est réductible à aucun nom et peut les recevoir tous. Toute formulation – dogmatique ou liturgique – n’est jamais qu’une approximation du mystère, une construction humaine indissociable d’une histoire, d’une langue, d’une culture, lesquelles sont autant de manières particulières de voir et de penser. Toute révélation divine, du fait qu’elle est indissociable de celui qui la reçoit, est déjà une interprétation. Toute théologie positive – grecque, latine ou autre – est déterminée par le contexte qui lui a donné naissance ; elle est donc relative et, en soi, non universelle.

La théologie négative – peu présente dans ce recueil – est à redécouvrir et revaloriser de toute urgence. Car elle constitue, par essence, la source d’un universalisme spirituel singulier et pluriel. En soulignant les limites du langage, elle ouvre à un autre niveau de dialogue. En relativisant les discours théologiques constitués, elle invite à une intelligence de la foi au-delà de la rationalité, dans une réconciliation entre le cœur et l’esprit. En révélant la finitude de notre connaissance de Dieu, elle permet de dépasser les insolubles conflits de doctrine pour une rencontre sur le plan de l’expérience, humaine et mystique.

L’apophatisme est par excellence la théologie de l’humilité et de la kénose. Elle nous rappelle qu’un mystère ne se décortique pas, mais se vit, se goûte, se célèbre, se chante, se « comprend » au sens de « prendre avec soi ». Dans une relation de participation, de communion, de co-appartenance avec Dieu, au plus profond de notre être – corps, âme et esprit. Oui, faisons silence. Entrons dans le tombeau (vide) du Christ. Ecoutons-y l’autre. Dans le respect de son irréductible altérité et dans la reconnaissance – à un niveau de conscience supérieur où se révèle l’unité fondamentale de toutes choses – qu’il fait partie de moi autant que je fais partie de lui.

Michaël Amaladoss a raison de souligner les limites des formes habituelles (échange intellectuel et rencontre symbolique) du dialogue interreligieux. Elles doivent être complétées. Non seulement par des collaborations concrètes dans l’engagement pour un monde plus solidaire et équitables, mais aussi par des rencontres d’ordre intérieur et mystique, au plus haut niveau de la conscience et de l’expérience du divin. Un chemin tracé par des figures plus anciennes du dialogue comme Henri le Saux, Bede Griffiths, le père Enomiya Lasalle et Thomas Merton. Nous avons certes besoin d'une « théologie davantage centrée sur l'humain et orientée vers la justice dans la société » (Tissa Balasuriya), mais aussi d’une théologie mystique – centrée sur l’Esprit saint et les énergies incréées – qui ouvre à l’expérience de Dieu la plus profonde ainsi qu’à son partage.

Foi et traditions

On présente souvent la foi comme une conviction intellectuelle ou l’adhésion à un corps de doctrines. Nos frères et sœurs d’Asie nous rappellent qu’elle est d’abord l’ouverture du cœur-esprit à la dimension ultime de la réalité, la participation « mystique » au mystère de Dieu. Elle est donc, fondamentalement, de l’ordre de l’expérience et du don (de la grâce). Une expérience où l’être et Dieu sont dans une relation de co-naissance existentielle, immédiate, sans intermédiaire : je nais en Dieu et Dieu naît en moi. Une naissance dans l’amour et la confiance, au-delà de toute dichotomie entre sujet et objet.

Cependant, cette expérience est, comme l’écrit Raimun Panikkar, « contingente » (du latin cum-tangere) : « Nous touchons nos limites et l’illimité nous touche tangentiellement. Même si un homme, un peuple, peut recevoir une révélation divine particulière, le vase humain qui la reçoit sera toujours lié à la contingence. » Aucune religion et Eglise – à moins de pécher par orgueil – ne peut prétendre connaître toute la vérité divine, ni y avoir accès d’une manière exclusive ou supérieure aux autres. Dieu n’est le monopole de personne, la vérité ne se laisse pas posséder. Si je peux, par le Christ et en lui, accéder à la plénitude de la vérité, cette connaissance n’est pas totale ni parfaite. Les fidèles d’autres traditions spirituelles y ont aussi accès, mais à travers d’autres lunettes, d’autres fenêtres particulières. C’est pourquoi la diversité des religions, qui sont autant de manières différentes d’accéder à l’Inaccessible et de nommer ce qui est au-delà de tout nom, est une richesse et une chance. C’est pourquoi également j’ai besoin des autres et d’entrer en dialogue avec eux. Non seulement pour mieux comprendre ma propre foi et en repousser les limites, mais aussi pour entrer encore plus profondément dans le mystère de Dieu qui dépasse tout entendement.

Accepter ces limites et reconnaître la pluralité religieuse comme une bénédiction supposent de ne pas confondre la foi avec les croyances qui l’expriment. Certes, il n’y a pas de foi sans croyances. L’être humain, pour comprendre et partager son expérience de Dieu, a besoin de la traduire en symboles, doctrines, rites et formes liturgiques. Ainsi, en tant que membre de l’Eglise orthodoxe, j’adhère pleinement au Credo de Nicée-Constantinople, aux énoncés des sept grands Conciles œcuméniques sur le Christ et la Trinité, aux mystères sacramentels. J’aime les célébrations liturgiques. Mais en même temps, je ne peux en aucun cas absolutiser ces dogmes et ces expressions. Céder à cette tentation serait confondre la lune (Dieu) avec le doigt qui la montre, la Tradition (la vie de l’Esprit) et les traditions humaines. Au risque alors de devenir idolâtre et intégriste, donc incapable de rencontrer l’autre dans un vrai dialogue.

En même temps, tout relatifs et à relativiser qu’ils soient en les contextualisant, les traditions, les doctrines et les rites constituent une richesse de sens et d’expérience souvent extraordinaire, un trésor qui participe de l’infinie diversité humaine et de sa mémoire. Les dogmes par exemple, si fréquemment décriés, ne sont pas – dans leur sens spirituel profond – ce à quoi on les réduit souvent : l’expression d’une vérité exclusive. Ils valent avant tout par leur subtilité antinomique : Dieu un en trois personnes, Marie mère et vierge, Jésus-Christ vrai homme et vrai Dieu. Des formulations qui, à l’instar des koans zen (J. K. Kadowaki), visent à crucifier la rationalité close et à pulvériser la logique non contradictoire de l’esprit pour l’élever à un autre niveau de conscience.

La valeur du patrimoine théologique et liturgique – à adapter bien sûr à chaque contexte culturel – n’est peut-être pas assez relevée dans ce recueil qui, légitimement, met plutôt l’accent sur la nécessité de leur dépassement. Le bébé, certes, compte plus que l’eau du bain, mais il faut faire attention à ne pas jeter complètement celle-ci. Elle a aussi son importance comme moyen d’accès au sacré, au bébé lui-même. Une fois perdue, cette richesse n’est pas facile à retrouver.

Vérité et religion

On se souvient de l’interrogation de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38). Et de la réponse de Jésus : le silence. La vérité est aujourd’hui un mot qui fait peur. Et pour cause. Il a été si souvent galvaudé, il a donné lieu à tant d’abus. En particulier par l’Eglise. La question, gênante, est pourtant incontournable. Jésus, au-delà de son silence, n’affirme-t-il pas qu’il est la vérité. Ne dit-il pas aussi : « Si vous demeurez dans ma parole […] vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » (Jn 8, 31-32). Comme si chercher la vérité était la voie pour trouver la liberté.

Je me souviens d’un entretien lumineux avec le frère John Martin Sahajananda il y a quelques années dans le Sud de l’Inde, à l’ashram chrétien de Shantivanam fondé par le père Henri Le Saux (swami Abishiktananda). Il distinguait entre deux aspects de la vérité. Sa dimension historique et religieuse est exprimée par cette parole de Dieu à Moïse au buisson ardent : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Ex 3, 6). C’est la vérité des religions, transmise par les anciens et les écritures dans des formes particulières, conditionnée par l’histoire, la culture et la psychologie, cristallisée dans des doctrines, des rites et des institutions. Elle trace par là-même des frontières entre soi et les autres, définit des critères d’appartenance et des cadres identitaires. Or, qui dit frontières, dit aussi désir de les protéger ou de les étendre. Donc peur, insécurité et clôture d’un côté ; esprit de conquête, agressivité missionnaire et prosélytisme de l’autre.

La dimension éternelle et spirituelle de la vérité est signifiée par cette autre parole de Dieu à Moïse : « Je Suis qui je Serai » (Ex 3, 14). Ce « Je suis » en devenir est la vérité dans son mystère, ineffable, transcendante, inconditionnée, transmise de génération en génération par l’Esprit dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va. Une vérité « venue d’ailleurs » (Liu Xiaofeng), au-delà aussi des limites du temps et de l’espace, des conditionnements psychologiques et des déterminations historiques. Dieu n’a pas de limites. La vérité dans sa dimension éternelle traverse les frontières, abat les murs de séparation, libère les êtres humains de leurs croyances et des peurs qui en découlent, ouvre le genre humain à l’unité qui le fonde dans le respect de sa diversité. Quand la vérité historique s’identifie à la vérité éternelle, quand Dieu – qui est « un » dans sa transcendance-immanence – est réduit aux noms et visages multiples par lesquels il s’est manifesté au fil du temps, alors les confessions et religions deviennent des facteurs de division, de conflit et de violence.

Certes, pour moi – c’est en cela que je suis chrétien – Jésus-Christ est l’alpha et l’oméga de la réalité, le symbole de l’Homme accompli dans l’union parfaite des natures divine, humaine et cosmique, du fini et de l’infini, du temps et de l’éternité. Mais s’il est bien en cela « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), il ne saurait être le seul. L’Esprit est partout, qui « vous enseignera la vérité tout entière » (Jn 16,13). Il emplit tout, souffle où et quand il veut. Tout irrémédiable qu’elle soit, l’incarnation de Dieu en Jésus n’a pas épuisé sa présence dans le monde et dans l’histoire. La vérité du Christ, mystère d’amour et de vie, s’est exprimée et continue de se manifester en d’autres temps et d’autres lieux, sous d’autres noms et d’autres formes.

Eglise et liberté

Il y a une forte critique des institutions ecclésiales chez nos frères et sœurs d’Asie. Ils lui reprochent ses alliances avec le pouvoir, sa propension à se prendre pour le nombril du monde, sa prétention à être la détentrice exclusive de la vérité, sa tendance à se préoccuper d’abord de sa propre édification plutôt que de la construction d’un monde plus juste et solidaire. Ils nous apprennent ainsi à ne pas identifier la foi à l’Eglise ou à la communauté d’appartenance qui en est le dépôt et la transmet. Ils sont en cela fidèles à l’enseignement de l’Evangile et au parcours terrestre du Christ.

Jésus a été conçu et a grandi dans le judaïsme : ses parents étaient juifs, il a été circoncis et présenté au Temple. Il a étudié la Torah et vécu les grandes fêtes juives à la synagogue. Il montre ainsi l’utilité, pour ne pas dire la nécessité des traditions et institutions religieuses. Il reconnaît leur valeur, non pas éternelle mais fonctionnelle, initiatique et matricielle. La religion est comme un ventre dans lequel l’être humain peut être conçu et éveillé à la vie spirituelle. Un espace protégé, sécurisant, cohérent où il peut être nourri et croître. Mais, comme me le faisait remarquer John Martin, il faut prendre garde que la matrice (womb) ne devienne pas un tombeau (tomb).

C’est pourquoi, un jour ou l’autre, il est nécessaire d’en sortir. Jésus ne déclare-t-il pas à Nicodème qu’il doit naître à nouveau et d’en haut (Jn 3, 3). Naître spirituellement, c’est sortir en esprit hors du ventre de la religion dans lequel nous avons été conçus – ce qui ne veut dire forcément cesser de pratiquer. C’est précisément ce que Jésus lui-même a fait. Au prix de sa vie. Il s’est extrait du ventre du judaïsme, affirmant par là-même que Dieu et l’être humain à son image sont plus grands que la religion. Il a montré que ressusciter, naître à la vie de l’Esprit, devenir fils ou fille de Dieu, c’est précisément sortir de la matrice protectrice des traditions religieuses pour entrer dans la présence universelle de Dieu.

Le chemin de Jésus – qui n’a pas fondé de religion ni d’Eglise – a ceci de particulier qu’il révèle, ouvre et trace des passages : de la loi extérieure à la conscience intérieure ; de la dimension historique, religieuse et connue de la vérité à sa dimension éternelle, spirituelle et ineffable ; des conditionnements de ce monde à la liberté du royaume de Dieu ; des limites de l’ego à l’infini de l’image divine ; de la mort à la Vie. Des passages essentiels pour la pleine actualisation des potentialités spirituelles de l’être humain, la réalisation d’une vie dans la liberté de l’Esprit et la vérité du « Je Suis », l’accès à la plénitude personnelle et au dialogue authentique. La vérité, en ce sens, est chemin, mouvement, vie, traversée incessante. Jésus le nomade n’avait pas une pierre où poser sa tête (Mt 8, 20).

C’est en cela, en tant qu’il réalise ce mouvement de passage et de libération radicale par rapport à tous les conditionnements extérieurs, que Jésus est « la voie, la vérité et la vie ». C’est en cela que l’aventure christique est un chemin qui vaut, archétypiquement, non seulement pour toutes les religions – en particulier pour les Eglises qui n’ont eu de cesse d’enfermer le Christ et ses fidèles dans leur matrice – mais aussi pour tous les systèmes idéologiques, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Ce recueil le montre à merveille. En Christ, la libération à accomplir est tout à la fois intérieure et extérieure. Intérieure par un processus de métanoïa à travers la purification du cœur, la réorientation des désirs et la lutte contre les passions égoïstes, les poisons de l’âme que sont l’avidité, la haine et l’illusion. Extérieure par l’engagement solidaire pour la justice et la paix, le combat plein de compassion contre toutes les formes d’exclusion et d’oppression dont sont victimes les pauvres, les femmes, les minorités ethniques ou la nature.

« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », écrivait Irénée de Lyon (iie siècle). Etre vivante, pour une Eglise ou une religion, c’est laisser ses fidèles sortir de son ventre pour naître à eux-mêmes et à l’âge adulte, engendrer des disciples pour la vie dans l’éternelle Présence et non pour sa propre continuité, être source de liberté et de paix dans le monde, par son engagement pour, avec et au côté des plus faibles.




[1] Ce texte est la version adaptée d’une postface parue dans Maurice Chéza (éd.), Paroles de chrétiens en terres d’Asie, AFOM - Karthala, 2011.