4 nov 2017

S'accorder, non point s'adapter

Bernard Boisson, le 04.11.2017

Quels peuvent ou devraient être les apports fondamentaux des artistes dans une société qui accroît tous les jours des dysfonctionnements et des déséquilibres de plus en plus insoutenables, tant sur le plan humain qu'écologique ? Réponse de Bernard Boisson, artiste-photographe de nature et écrivain-philosophe.

Ne sentant pas adéquate une création artistique en tant que valeur marchande propice à la spéculation, je crois avant tout à l'avenir des arts en tant que services d'éveil à la maturation des sensibilités... D'autre part, cela m'apparaît une spectaculaire bévue de croire que l'on puisse considérer « l'art » comme un domaine superflu sur lequel on fait des sacrifices budgétaires quand « les temps sont durs ». C'est dramatiquement méconnaître l'art dans sa dimension vocationnelle première. Aussi les comportements conduisent à le rappeler très souvent dans le monde des élus et des entrepreneurs.

L'être humain devient pleinement humain non pas quand il s'adapte à un progrès, aux lois du marché ou à d'autres êtres humains, mais quand il s'accorde à l'humain profond enfoui en nous tous, quand il s'accorde au Soi universel de l'humanité, quand il s'accorde à la Terre et au cosmos, à l'infiniment grand comme à l'infiniment petit.

L'art qui aspire à témoigner de la sensibilité et de l'intelligence de cette dimension humaine est voué et dévoué à annoncer l'humanité de demain à laquelle nous accorder. C'est là une proposition anticrise à laquelle aucune innovation technologique, aucun accroissement aveugle du PNB n'auront d'aptitudes à suppléer. Cet art que j'honore, appelle à nous émanciper de nos somnambulismes de consommateurs-producteurs pour déployer des arts de vivre au-delà de ce que nous appelons le « progrès ».

Le futur est dans notre mue

De tous temps, la compétitivité des marchés, l'innovation technologique nous ont imposé sans cesse de nous adapter. La vocation fondamentale de l'art ne peut pas, et ne pourra jamais se soumettre aux exigences de l'adaptation sans perdre contact avec l'essence profonde qui l'anime. L'art est fait pour accorder l'humain à plus vaste que lui.

Le futur n'est pas dans l'extrapolation de notre présent. Il est dans notre mue. Et la mue nous appelle à nous accorder, non point à nous adapter. Aussi quand l'art naît du renouvellement de soi dans l'accord, il devient l'instigateur d'arts de vivre.

Si les machines induisent le chômage de toutes les professions machinales, n'est-ce pas pour ouvrir l'avenir de l'humanité aux arts de vivre, aux facultés de sensibilité et d'intelligence, qu'aucune machine ne pourra développer en substitut des êtres humains ? Mais pourquoi les élus et les entrepreneurs font-ils l'impasse sur ceux qui développent cet avenir ?

Une civilisation qui perd son art et ses arts de vivre est comme le bois mort sur lequel viennent les parasites. A l'inverse, une civilisation qui vit son art en synergie avec les arts de vivre restaure son pouvoir de rêver et de se réaliser. Ainsi résorbe-t-elle sa corruption, son terrorisme et toutes les autres noirceurs du temps.

Winston Churchill l'avait compris quand on lui demanda de couper dans le budget des arts pour l'effort de guerre et qu'il répondit : « Alors pourquoi nous battons-nous ? »

www.natureprimordiale.org