La spiritualité écologique
pour nourrir nos engagements

Bloc-notes

Un parcours de formation entre Terre et Ciel, animé par Michel Maxime Egger, pour acquérir une culture de base sur la diversité des spiritualités écologiques. L’occasion de découvrir l’écospiritualité, d’en comprendre les enjeux et cerner les contours. Cela dans le cadre des traditions chrétiennes – en particulier en référence à l’encyclique Laudato si’ – avec des ouvertures sur d’autres religions ou spiritualités. Echos et traces de deux séminaires organisés en 2025 et 2026 par l’équipe service Laudato si’ de la Communauté de vie chrétienne (CVX), qui ont réuni plus de 80 personnes.

Les raisons d’une formation

Dialogue entre Pierre Dupouët, référent national Laudato si’ de CVX dialogue avec Michel Maxime Egger sur les tenants et aboutissants de cette formation.

Pourquoi CVX a-t-elle mis en place cette formation?

P. Dupouët. En 2023, l’Assemblée mondiale de CVX réunie à Amiens a mis l’accent sur le respect de la création dans nos styles de vie personnels, pour être en accord avec l’Évangile. En 2024, l’Assemblée de la Communauté en France a jugé essentiel de vivre la dimension spirituelle de l’écologie. Nous sommes donc clairement invités à relever l’enjeu d’articuler écologie et spiritualité… et cela ne va pas de soi! D’où l’idée de cette formation.

Laudato si’ a plus de 10 ans, l’appel à la conversion n’est-il pas un peu «usé»?

MM. Egger. Laudato si’ ne porte pas que sur la sauvegarde de la création. L’appel va beaucoup plus loin: il s’agit d’opérer une véritable «révolution culturelle» – François utilise cette expression (LS 114) – c’est-à-dire changer radicalement notre façon de penser nos relations à soi, aux autres, au vivant et à Dieu. Le pape y dit sa conviction qu’il faut agir à la racine des bouleversements systémiques et que ceux-ci se trouvent en nous: les ressorts profonds de notre être induisent nos comportements destructeurs. La formation a exploré en profondeur ces liens entre les causes intérieures, dont nous ne sommes souvent pas conscients, et les conséquences visibles. Ce travail reste en grande partie à accomplir…

P. Dupouët. L’appel du pape François n’est pas un «OVNI» qui viendrait bousculer la tradition: la formation révèle la cohérence, la continuité de Laudato si’ avec les traditions chrétiennes et avec les Écritures. On pourra presque s’étonner du potentiel offert par la spiritualité chrétienne pour se situer face aux enjeux actuels. Et, pour des ignatiens, cela peut valoir le coup de se demander ce que signifie vraiment «chercher et trouver Dieu en toute chose», invitation faite par Ignace lorsque le retraitant, à la fin des Exercices spirituels, s’apprête à revenir dans la vie ordinaire.

Quel était le public de la formation?

P. Dupouët. Les participant.es avaient un profil-type que l’on pourrait décrire ainsi: d’un côté, une forte sensibilité à l’appel de Laudato si’ et un engagement en réponse tant à la «clameur de la Terre qu’à la clameur des pauvres» et de l’autre, un désir spirituel, un désir de sens. L’objectif était de mieux unifier ces deux pôles.

La formation visait-elle exclusivement un référentiel chrétien?

MM. Egger. Le parcours réalisé permet de revisiter certains aspects-clés du christianisme pour, d’une certaine manière, les réajuster au réel. C’est important pour chacun.e de nous parce que nous avons besoin de fondations solides pour agir. Mais c’est aussi nécessaire pour le christianisme qui a été accusé d’être responsable de la surexploitation des ressources, en raison d’un verset, mal compris, qui parle de « dominer et soumettre les autres créatures » (Gn 1,28). Cela dit, bien qu’ancrée dans le corpus chrétien, l’approche se veut ouverte et intègre des références à d’autres traditions de sagesse. De plus, la démarche de transformation intérieure proposée questionne en particulier notre attachement désordonné à la société de consommation, qui concerne tout le monde.

P. Dupouët. Une fois réajusté notre ancrage spirituel, nous sommes mieux à mêmes d’ajuster notre manière d’agir en faveur de la planète. « Tout est lié », pour reprendre la formule du Pape François. En posant nos motivations profondes sur des bases revisitées, nous devenons plus à l’aise pour rendre compte de notre espérance, dialoguer et agir avec des «méditants engagés» qui puisent à d’autres sources.

Les participants peu à l’aise avec les approches théoriques risquaient-ils d’être perdus?

MM. Egger. Je ne crois pas. Il y a bien sûr eu des apports de connaissance, mais ils étaient couplés à des activités pratiques mobilisant les sens et les émotions ainsi qu’à des temps de dialogue en petits groupes. La visée était autre qu’une seule acquisition de connaissances théoriques: celles-ci sont mises au service d’une expérience, d’un mouvement de transformation intérieure qui, on peut l’espérer pour chacun.e, va se prolonger bien après la formation!

P. Dupouët. L’approche proposée vise à opérer des passages, par exemple, du «je dois, il faut» à l’écoute du désir en nous, d’une volonté d’efficacité dans l’action à celle d’une fécondité libérée de l’emprise du résultat. Les attitudes intérieures mises en avant combinent la lucidité, la gratitude, l’émerveillement, l’humilité et la sobriété. En quelque sorte, une expérience de « sentir et goûter les choses intérieurement », pour reprendre la formule de saint Ignace.

Pour un changement de regard

Compte-rendu par CVX Com de la formation sur les spiritualités écologiques, qui a eu lieu à Strasbourg du 14 au 17 juillet 2025.

En deux jours seulement, dans le prolongement du congrès, Michel Maxime Egger aura permis à 50 compagnons de CVX, dont deux tiers référents Laudato si’, issus de 28 communautés régionales, d’opérer rien moins qu’un étonnant voyage intérieur. Un parcours pavé de mots forts et clairs, d’expériences sensorielles et de dialogues qui auront permis à beaucoup de découvrir en eux, plus nettement, ce désir, profondément enraciné mais si souvent «ensablé», qui pousse à rechercher dans nos vies une plus grande unité entre le cosmique, le divin et l’humain.

Une (re)découverte aussi de la force du christianisme, en tant que voie spirituelle, pour aider et guider ceux et celles qui veulent ancrer leurs engagements pour répondre à la « clameur de la Terre et à la clameur des pauvres » (§49 de l’encyclique Laudato Si’). Et de situer à sa juste mesure, au carrefour avec d’autres spiritualités, la puissance de transformation intérieure contenue dans l’encyclique Laudato Si’ et plus largement dans la tradition chrétienne.

Pour l’essentiel, le premier jour du voyage a été une question de regards. Au plus profond d’abord, changer notre regard sur la nature et la Terre, parce que la manière dont nous percevons la nature, le vivant, la Création déterminent la façon dont nous l’habitons et, dans les temps actuels, la maltraitons. Regarder aussi la Terre vraiment comme un lieu habité par Dieu, parce qu’il est grand temps de mettre un terme au divorce entre le sacré et la Terre. Pas pour diviniser la nature mais pour lui redonner son mystère, source de respect et d’humilité. Une bonne occasion pour clarifier notre perception de la présence de Dieu dans la Création et mieux nous disposer, réellement, à «chercher et trouver Dieu en toute chose», comme nous y invite saint Ignace. Ce changement de regard déplace et invite à cultiver lucidité, gratitude et émerveillement.

Le second jour a lui aussi déplacé notre regard mais, cette fois, sur l’être humain en relation. Faire la paix avec la Terre demande de changer ce regard sur nous-mêmes pour retrouver notre juste place dans le vivant et le cosmos: une relation dynamique et équilibrée avec les autres créatures et avec Dieu. Avec les yeux grands ouverts, réaliser que la crise écologique prend son origine au-dedans de l’être humain avant de nous enchaîner au consumérisme. Puis, pour restaurer les relations brisées ou corrompues entre le cosmos, l’humain et le divin, opérer une métamorphose spirituelle dont les moteurs sont le désir, l’humilité, la sobriété et l’espérance.

Bien sûr, cette transformation intérieure trouvera sa plénitude de sens en s’incarnant dans le concret. Elle rejoint alors notre envie d’engagement mais l’oriente différemment, l’ancre ailleurs dans notre être, dans un désir de fécondité, de joie, de coopération avec les vivants non humains. Un chemin s’est ouvert pour une nouvelle manière de s’engager en tant que personne «méditante-militante».

Témoignages

Nathalie

L’écospiritualité me donne la joie profonde et l’espérance que la Création toute entière est notre alliée. Je comprends que l’espérance n’est pas l’assurance que tout ira mieux demain mais la joie de pouvoir donner du sens à ma vie aujourd’hui par ma relation à moi, aux autres, à Dieu et à la création.

Laurent

Un très bon moment à tisser des liens entre les écospiritualités et notre spiritualité ignatienne. Avec des exercices du «Travail qui relie», celle formation nous ouvre et nous conforte pour aller aux frontières.

Dominique

J’ai été très rejoint par ce que j’ai vécu. Partir de notre source intérieure, écouter notre cœur profond pour nous mettre en chemin et agir en faveur de la création et des créatures. «Me connecter intérieurement à ce qui fait sens en moi et, de là, m’engager là où je trouve du sens», en expérimentant une manière d’être reliés les uns aux autres.

Arnaud

Cette session m’a permis de revisiter les origines spirituelles de la crise écologique, de la coupure homme/création. J’ai aimé les exercices nous permettant de mieux nous relier à la Terre. De quoi reprendre des forces pour mieux m’ancrer dans ce monde et faire vivre l’espérance.

Antoine

Un très beau weekend sur l’écospiritualité, avec un enseignement spirituel riche et documenté, mais aussi des expériences pratiques dans la nature vécues en groupe. J’en retiens qu’au-delà de la nécessaire transition écologique, il faut «changer de paradigme», considérant que la Terre – notre mère – n’est pas qu’une ressource à gérer et à préserver, mais qu’elle fait partie de nous-mêmes comme nous faisons partie d’elle.

Nadine

Reprendre conscience que c’est grâce aux arbres que nous existons, les regarder, les écouter, en tout cas écouter ce qui se passe au milieu d’eux, les respirer, les toucher pour leur manifester notre gratitude. Prendre conscience que nous faisons partie du TOUT qu’est la Terre, le Vivant; que les animaux sont nos frères, les plantes des êtres vivants.

Sophie

Parmi les pratiques personnelles que nous avons faites, très impliquantes et nourrissantes, il y a eu la balade dans les alentours de Saint-Hugues (silence, présence, écoute, harmonie, diversité…gratitude!). Notre guide, spécialiste de la forêt, nous a fait admirer le râteau que la forêt fait, en montant jusqu’au pied de la falaise, la stabilisant par ses racines entrelacées et le vivant sous terre, et amortissant les chutes de rochers. La nature nous porte, soutien, nourrit, nous dépendons d’elle. Nous avons ensuite fait un large cercle tendu, et en nous tenant par les mains, nous avons senti cette force, ensemble à tisser pour résister, tenir, faire corps, comme les racines…, pour défendre le vivant!

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